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Russie 2018 : la vraie compétition mondiale

Geopolitique Monde

Russie 2018 : la vraie compétition mondiale

Michel Lhomme ♦
Philosophe,
Politologue.

L’année 2018 est une année de séismes, de volcans en éruption (Guatemala, Hawaï) et on attend avec inquiétude la saison cyclonique sur l’île de Saint-Martin, en Floride et dans les Caraïbes mais il y a d’autres séismes parfois moins ressentis et que nos politiques ou nos professeurs de sciences-po sont bien incapables de cerner, prisonniers qu’ils sont d’œillères idéologiques, ce sont les séismes géopolitiques.

Ils sont actuellement nombreux sur la planète se présentant en une quantité impressionnante de matchs, de points de transformation en cours, de sites de fragmentations politiques. Nous sommes face à un immense repositionnement des grands acteurs mondiaux dont la probable fin de la guerre de Corée nous a donné cette semaine un panorama exceptionnel. Mais un mach en prépare toujours un autre.

Ainsi, en matière géopolitique, on a assisté à la levée des derniers verrous posés sur l’ordre mondial précédent (les deux Corées, l’offensive finale décidée par l’Arabie Saoudite contre le Yémen avec le soutien total et en particulier satellitaire des États-Unis, la reprise de l’offensive d’été en Afghanistan, le positionnement de Daesh au Nord du Mozambique en préparation des forages pétroliers gigantesques du grand large comorien, les derniers soubresauts de la suprématie monétaire des États-Unis avec un risque de krach imminent pour cet automne, les carcans supra-nationaux comme la Catalogne pour l’Espagne ou les faux réfugiés de la Méditerranée qui soumettent l’Europe à une véritable invasion africaine orchestrée et organisée par les ONG enfin la volonté forte d’Israël d’en finir avec l’Iran, tout ceci anticipe des quart et des demi finales pour la deuxième partie de l’année sans doute plus guerrière et moins jouissives pour les gouvernants.

La Chine est de plus en plus puissante : premier importateur mondial de pétrole, devenue une véritable force militaire avec ses avions de chasse furtif J-20, ses missiles air-air et un futur géant monétaire avec les pétroyuans s’imposant désormais partout. En Mer de Chine du Sud, Pékin met en place un système thalassocratique de sécurité régionale loin des vieilles murailles de Chine obsolètes, appliquant à la lettre un Terre et Mer oriental et schmittien. Tout ceci alors que l’Occident a  les yeux rivés sur l’Islam, le Moyen-Orient et le pic pétrolier alors que paradoxalement, il possède depuis longtemps la maîtrise d’autres sources d’énergie (nucléaire, hydrogène) que les préventions écologiques empêchent la France de développer ce qu’il se doit, tombant dans les mirages des moulins à vent (les éoliennes devant Noirmoutier) et des panneaux solaires en plastique.

Réaffirmons-le. Nous sommes, à Métamag, la voie de la volonté de puissance européenne. Mais où en est l”Europe ?

Pas si mal malgré les apparences méditerranéennes puisque lentement, elle poursuit son découplage avec les États-Unis en se lançant dans son projet de défense dénoncé pourtant par les derniers soixante-huitards. Or, le retrait américain de l’accord nucléaire iranien fournit à l’Europe une occasion unique d’affirmer que les États-Unis ne sont plus un partenaire stratégique suffisamment fiable pour que le destin européen reste placé entre leurs mains.

Nonobstant, tout cela reste encore trop timide et il nous faut rester vigilants, en matière de commerce car les menaces de tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium européens lancées par Trump si elles peuvent participer probablement de la dynamique de découplage UE-US, elles peuvent aussi également servir la cause d’une arrière-garde transatlantiste,  invoquant la nécessité de signer n’importe quel accord de libre-échange avec les États-Unis afin d’échapper à ces tarifs.

N’oublions pas d’ailleurs que juste après son annonce de droits de douane sur l’acier et l’aluminium, la Maison Blanche a déclaré que « des accords avaient pu être conclus pour des exemptions permanentes avec l’Argentine, l’Australie et le Brésil » alors que dans les cas de l’Europe, du Canada et du Mexique, une prolongation des exemptions était offerte pour 30 jours seulement. Si Trump ne voulait pas du TTIP, cela ne veut pas forcément dire qu’il ne veut pas d’un accord de libre-échange avec l’Europe. Il le veut, il le souhaite et y travaille mais seulement à ses conditions.

L’Afrique ? Parlons-en  avec pour sa côte Est et ses 7 % de croissance

L’Union africaine ne cesse de se renforcer parvenant désormais à prendre des décisions fortes comme l’unification du transport aérien, la libéralisation de l’aviation civile, le prélèvement d’une taxe de 0.2% sur les importations et la création d’une zone de libre-échange. Or qui ne voit pas que l’Union Africaine discrètement a choisi la coopération rapprochée avec la Chine dans le cadre du transfert d’industrie que cette dernière opère vers elle. Le Congo de Kabila sera sans doute le point focal pour la fin de l’année 2018 de ce tournant géopolitique majeur que les États-Unis n’oublient pas, loin de là, en renforçant actuellement partout leurs positions militaires.

Dans ce vaste mouvement de repositionnement mondial sur fond de mondial russe, l’accent sur les dynamiques globales de la gouvernance et de la démocratie de contrôle, la démocratie-dictature de la post-vérité, de la fin de l’histoire et de l’arraisonnement du monde par la technique est maintenu par la démonétisation du monde (paiement généralisé demain par carte bleue et extension de la reconnaissance faciale comme meilleure des polices), la 5G avec ses infrastructures de connectivité, l’imprimante 3D et la robotisation du monde, le développement de l’intelligence artificielle, tout ceci pour redimensionner les « terrains de foot » dans le simultané et l’instantanéité des nouveaux outils de l’économie mondiale qui innerveront demain un monde voulu culturellement unipolaire, uniformisé, médiatisé.

Dans ce passage en revue des équipes mondiales 2018, demeure l’incertitude moyen-orientale une fois de plus sur le point de s’embraser

Comme jamais ils ne l’ont été, à la veille de l’été, l’Iran et Israël sont au frontal pour la première fois. Le régime turc a toutes chances de se durcir. La Turquie dérangera-t-elle l’ordre européen ? La Syrie n’offre pour l’instant qu’une paix provisoire que les Occidentaux ne peuvent entériner tant que leur part de la victoire et du gâteau n’est pas garantie et sur le terrain, l’armée américaine se repositionne actuellement sur les anciennes positions de Daesh. Il s’agit  pour eux de ne pas perdre aussi totalement la face.

Mais alors l’Europe ?

La relance des dynamiques européennes, quelles qu’elles soient, dépendra en grande partie de la remise en route et en ordre de relations normalisées avec la Russie, relations qui divisent l’UE depuis 2014 et prouve combien cet édifice n’est plus en mesure de servir les intérêts les plus évidents de notre continent.

Nous sommes catégoriques sur ce point et cela est d’ailleurs un point d’achoppement avec certains de nos confrères : l’Europe, que l’on parle de l’Union Européenne ou de la zone euro, et surtout de notre Europe puissance, de notre Europe eurasiatique, ne sortira pas de sa crise politique tant que des relations normalisées ne seront pas rétablies avec la Russie et que surtout l’élargissement de l’UE aux Balkans, la visée otanienne sur l’Ukraine, véritable bombe géopolitique permanente aux frontières de l’Europe ne cesse.

 

  1. Elisabeth ROLLAND
    Elisabeth ROLLAND5 juillet 2018

    Pour ce que je comprends de la situation mondiale et en m’appuyant également sur le passé, je suis d’avis qu’il est temps de cesser de voir la Russie comme un ogre. Potine, même si son régime gouvernemental n’est pas au goût de certains, m’inquiète moins que Trump avec son régime démocratique, issu d’une démocrassie, et non, il n’y a pas de faute d’orthographe. Il est temps de relire certains textes de Renan. L’America first m’apparaît comme un désir hégémonique digne des plus mauvais films de superhéros: Trump ou celui qui être “le maître du monde”! Un effrayant Ubu. Poutine est beaucoup plus fiable et m’apparaît comme un allié “naturel” de l’Europe Unie.

    • Robert41
      Robert4115 juillet 2018

      Chère Madame, vous avez raison ; c’est également mon sentiment et nous ne sommes pas seuls. Depuis 1945, L’Europe de l’Ouest est encadrée par la politique expansionniste américaine. Qu’elle soit démocrate ou républicaine, la politique américaine donne ordres, conseils et taxes à l’Europe. L’Europe est le client idéal pour le chantage et la servitude extérieure. D’autres donneurs d’ordres ont bien compris la facilité de nos clercs à lécher les babouches d’une aristocratie d’argent. C’est visible et parfaitement ressenti par les pueblos que nous sommes devenus. L’Empire du colt et de la corde a fait de l’Europe un immense Guantanamo où tout se vaut puisqu’il n’y a ni sexe, ni race, ni souveraineté et encore moins de liberté. Nous sommes prisonniers d’un système, d’une idéologie de profiteurs, d’une morale à la carte et comme le prisonnier nous sommes encadrés par des fonctionnaires zélés pour censurer, détruire l’opinion d’opposition. Nous sommes conscients de cette emprise dictatoriale qui veut saper toute idée de révolte mais jusqu’à quand ? Au secours Vladimir !

  2. Bachèlerie
    Bachèlerie23 juillet 2018

    stimulant tour de géopolitique.
    L’Europe doit s’émanciper de l’administration américaine et de l’OTAN , ou transformer l’OTAN en défense européenne sans l’armée américaine.
    Cela permettrait de se rapprocher de la Russie, ppartenaire incontournable et indispensable à la réalisation d’une Europe puissance.

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