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Festival Gueules de voix : Le rouge et le noir

Le Rouge Et Le Noir 394

Festival Gueules de voix : Le rouge et le noir

Christian Jarniat ♦

Pour la 4ème année consécutive, le Festival Gueules de voix s’est déroulé à Saint-Jeannet. On ne peut que féliciter le trio familial Emma Barcaroli, Céline Barcaroli et Joris Barcaroli, d’une part, d’avoir eu cette idée d’organiser des manifestations de théâtre, de musique et de chant dans le superbe et pittoresque village de Saint-Jeannet dans les Alpes-Maritimes et, d’autre part, de proposer autant de spectacles.

Qu’on en juge : un opéra « Le Rouge et le noir », proposé par la Compagnie Pantai, du théâtre avec « La Loi des prodiges » de François de Brauer, « Vol » de Eva Rami, « Heureuse qui comme Armelle » d’Armelle, « La Commission des destins » par le Cours Florent, du théâtre musical avec « Calamity » par la Compagnie Pantai, « Histoire vraie d’un punk converti à Charles Trenet » de Guillaume Barbot et un spectacle de musique du monde « Il sole non si muove » par la compagnie Rassegna. Mais, en dehors des spectacles proprement-dits, il y a également des ateliers consacrés à la voix pour enfants et adultes, à l’écriture de chansons, au jeu d’acteurs, à des conférences, etc.

Mais le point culminant du festival est incontestablement la création d’un opéra tiré du célèbre roman de Stendhal « Le rouge et le noir » proposé par la Compagnie Pantai et également coproduit par l’Opéra de Nice. En effet, on reverra cette œuvre dans le cadre de la saison 2018-2019. Joris et Emma Barcaroli ont écrit le livret en imaginant un long flash-back où Julien Sorel, enfermé dans sa prison, revit tout son passé avant son exécution. Il se remémore son aventure avec Louise, mariée au marquis de Rénal, ainsi que sa relation avec sa fiancée Mathilde de la Molle. Il sait que son avenir n’est autre que la guillotine pour avoir tiré sur son ancienne amante. Entre les quatre murs de sa cellule il se confronte à l’ensemble des protagonistes qui ont émaillé sa vie. La scénographie de Julien Rebour propose un décor très astucieux composé d’un pan coupé de couleur rouge sur fond noir qui peut servir également de maison extérieure ou de balcon et qui, en pivotant, se transforme en une cellule blanche sous forme d’angle. L’espace de gauche, avec un bureau, suggère l’intérieur d’appartements où Julien Sorel, dans le passé, vivait son existence d’homme libre et ses rencontres.

Joris Barcaroli a écrit une musique très prenante et serrant de près le théâtre avec des récitatifs et de nombreuses envolées lyriques. Sur la couleur et l’atmosphère on pense au Poulenc des « Dialogues des Carmélites ». Quatre instrumentistes pour la circonstance : un piano (Catherine Gamberoni), un clavier (Claudia Musso), un violoncelle (Ombeline Gasnier) et une guitare électrique (Joris Barcaroli qui dirige également ce quatuor musical). Jérémy Duffau, déjà entendu à Nice dans « Le Chanteur de Mexico » et « La Belle Hélène » (mais aussi au Grand Auditorium du Conservatoire dans le cadre du concert d’adieu du pianiste François-René Duchâble) incarne, avec autant de fougue que de lyrisme, un Julien Sorel parfaitement crédible avec cette voix qui conjugue un timbre d’une belle clarté et une articulation soignée. Le rôle est long et sollicite pour le ténor une ampleur constante. Céline Barcaroli chante, avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité, les deux rôles de Madame de Rénal et de Mathilde de la Molle, passant ainsi avec aisance de la femme grave à la jeune fille insouciante. Quant à l’ensemble des rôles masculins, qu’il s’agisse du marquis, de l’abbé Chélan, du père de Mathilde, du geôlier ou encore du juge, ils sont incarnés avec autorité par le baryton Antoine Abello. La mise en scène d’Emma Barcaroli acérée et précise permet aux interprètes de donner le meilleur d’eux-mêmes. Une parfaite réussite longuement applaudie par le public.

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