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Mayotte comorienne et française : les vrais enjeux

Mayotte Mars 2018

Mayotte comorienne et française : les vrais enjeux

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue

Aux Comores, c’est la crise politique ouverte, on tire à balles réelles dans les pieds des jeunes protestataires qui prennent un kwassa pour se faire soigner à Mamoudzou. Le « dictateur » Assoumani Azali  refuse les présidences tournantes, bloque le régime et organise un référendum avant de gouverner à vie. L’OEA (Organisation des États Africains) est inquiète mais pas la France qui le soutient et vient de débloquer l’interdiction des visas français aux Comoriens alors que Moroni s’oppose toujours à l’accueil de ses ressortisants expulsés de Mayotte.

Comment expliquer cette condescendance explicite de la France ? En fait, il n’ y aura pas de trêve estivale pour la France sur la question mahoraise puisque tout simplement et dans la discrétion diplomatique les discussions sur la feuille de route s’y dérouleront comme si d’autres intérêts mirifiques s’étaient maintenant glissés sous la table entre les deux pays, bien loin des intérêts des gens de quelque provenance qu’ils soient ?

L’archipel des Comores serait effectivement en passe de devenir un futur grand producteur de pétrole et par là une puissance économique de poids.  On a toujours rêve de gratte-ciels de verre à Moroni. Lors du dernier sommet africain concernant la production de pétrole, le “Chief Operating Officer” de Discover Exploration a révélé que sous la mer la réserve d’or noir serait de 7 milliards de barils sans oublier le gaz. Cette information bouleverse  les rapports économiques de toute la zone Sud de l’océan Indien. La réserve serait au Nord-Ouest de la Grande Comore. Depuis la diffusion de cette information, les société,s prêtes à venir exploiter la ressource, se bousculent. Il est question de réserves pétrolières en effet supérieures à celle du Qatar ! Le trésor est situé dans les 12 milles nautiques délimités par la Convention de l’ONU, cependant, la France, via Mayotte pourrait faire valoir ses droits puisque le 101ème département français partage sa zone avec Anjouan. Cette proximité permettrait donc à Paris de revendiquer une partie du magot. Alors s’agit-il encore de défendre la Mayotte française ou de bien autre chose ?

En tout cas, une nouvelle feuille de route est bien en train d’être élaborée, annonce faite non pas par le préfet délégué Dominique Sorain mais par le chef de la diplomatie comorienne en personne, Souef Mohamed El Amine. Et c’est donc par Moroni et surtout pas par la presse locale que l’on a appris  que les négociations entre Paris et Moroni se poursuivent dans un cadre bilatéral avec l’espoir d’aboutir à un accord avant la fin de l’été soit avant la rentrée avant que tout le monde ne rentre de vacances et que d’éventuels barrages reprennent.

Qu’importe donc que Moroni refuse depuis le 21 mars 2018, d’accueillir sur son territoire  les bateaux et avions avec des Comoriens sans papiers, reconduits à la frontière au départ de Mayotte, que la démocratie ne soit plus respectée aux Comores, d’autres enjeux sont plus pressants pour créer au plus vite une nouvelle entité politique alliée comoro-mahoraise. Quant à la décision française de ne plus délivrer de visas Schengen aux comoriens (l’ambassade de France à Moroni étant la seule représentation diplomatique Européenne dans l’Union des Comores), elle impacte peu puisque la plupart des Comoriens bénéficient de la double nationalité même si effectivement quelques étudiants et malades sont bloqués à Mayotte, à la Réunion ou en France Hexagonale. Nonobstant, à mots feutrés Souef Mohamed El Amine a bien expliqué dans sa dernière conférence de presse de Moroni que la France serait disposée à des compromis quant  à leur dossier de demande de visas !

Une première feuille de route avait été  signée quasi clandestinement sans les élus mahorais le 12 septembre 2017 lors du 5ème Haut Conseil paritaire France-Comores dans le but d’aller « vers un cadre propice à une circulation régulière des personnes et en toute sécurité », en clair l’ouverture totale des frontières et la suppression du visa Balladur. Des milliers de Mahorais avaient contesté le document dans la rue en fin d’année dernière jusqu’à obtenir la suspension de l’accord bilatéral.

Actuellement, on exhibe à Paris et à Mamoudzou  l’amendement Thani, histoire sans doute de faire passer la pilule aux divers collectifs de citoyens en colère. Mais on n’a toujours pas vu de corvette militaire dans le lagon bleu, les nouveaux radars et les renforts de gendarmerie sauf ceux des remplacements habituels de mobiles programmés à la manière des stage cohésion en kayak sur l’îlot de Mtzamboro. L’actuelle Ministre des Outre-mer les rejoindra-t-il ? Nadia Ramassamy, députée apparentée LR de La Réunion et présidente de l’intergroupe parlementaire de l’Outre-mer, semble être suivie de très près ces derniers temps par l’Elysée. Serait-elle Macron-compatible ? Elle fait figure en tout cas de potentielle remplaçante de la ministre ce qui affaiblirait aussi forcément le préfet délégué, ancien directeur de cabinet de Girardin.

On retrouve ici les deux lignes évoquées précédemment : la ligne départementaliste, celle de la rue Oudinot et des Ministères publics et de l’autre côté, le ras-le-bol de Bercy et de la Cour des Comptes. En attendant, le germaniste Stephen Martens vient d’être nommé vice-recteur de Mayotte pour la rentrée et c’est un fervent partisan du « vivre ensemble » à la Merkel…

Illustration : Mayotte, mars 2018

 

 

 

 

  1. Naima
    Naima9 août 2018

    Bonjour,
    Pourriez-vous citer la source officielle annoncant la fin de la suspension de la delivrance des visas francais aux comoriens ?
    En effet, je suis dans cette attente depuis Mai 2018.
    Pas d’info officielle sur le site de l’ambassade de France aux Comores.
    Merci

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