Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

La cause d’un peuple qui ne veut pas mourir. Le livre refondateur de Patrick Buisson

La Cause Du Peuple

La cause d’un peuple qui ne veut pas mourir. Le livre refondateur de Patrick Buisson

Rémy Valat ♦
Historien.

Nous sommes peut-être proches du point de convergence entre deux phénomènes sur fond d’une possible démondialisation : la montée de la vague populiste des enracinés et la fin du modèle républicain multiculturel et mondialiste.

C’est ce double constat que pourra faire un lecteur du livre de Patrick Buisson, La cause du peuple qui vient d’être réédité aux éditions Perrin (1ère édition en 2016). Si Patrick Buisson est reconnu pour ses qualités d’historien et de journaliste, il est aussi l’un des fers de lance de la pensée métapolitique française. Patrick Buisson est un fin connaisseur de notre société dans son épaisseur, celle du temps, ses racines et son âme.

La cause du peuple relate son rôle de conseil auprès du 6e président de la Ve République, un mandat qui aurait pu marquer une étape décisive dans la renaissance de la nation. On sera gré à Nicolas Sarkozy d’avoir transgressé le tabou de l’identité nationale, même si en étant le fruit d’une époque et d’un milieu social, ce président n’a pu, comme tous les magistrats qui se sont succédé à l’Élysée depuis le général de Gaulle, incarner la fonction présidentielle. Son successeur immédiat, élu de justesse grâce au vote immigré et à l’abstention des classes populaires défavorisées, n’a fait lui aussi qu’aggraver l’inclinaison à la privatisation et à la jouissance du pouvoir qui marquent une rupture complète et décisive avec le peuple. Ces présidents, simples syndics de la maison France, gèrent avec indifférence un patrimoine, dont ils méprisent totalement la richesse historique et l’héritage spirituel.

De quel peuple Patrick Buisson prend-il la défense ?

Ce peuple, c’est celui des « sans-dents », ce « vieux sang » de la France périphérique, ces Français de souche et ces « nouveaux » Français, moins nombreux, qui ont fait preuve de persévérance et d’un sincère attachement à la nation, et ceux qui l’ont fait au péril de leurs vies (les harkis, les légionnaires naturalisés français). Des hommes et des femmes pour qui la France revêt une dimension affective et sacrée. Car, comme le rappelle Patrick Buisson, le « vivre ensemble » est une fiction : la France (comme toutes les nations souveraines et maîtresses de leurs destinées) a toujours était un pays de « frontières » ou l’intégration est lente et difficile. L’exemple des Français d’origine italienne est saisissant : seuls 6% d’entre-eux ont pu faire souche, bien que ceux-ci soient des Européens de culture chrétienne.

Une guerre contre Paris ?

La guerre contre Paris est le titre d’un ouvrage de Robert Tombs, un historien britannique spécialiste de la Commune de Paris (édition Aubier, 1998). La Commune de Paris est le dernier acte des authentiques révolutions populaires en France (Mai 68 est un mouvement petit bourgeois, hédoniste et surtout consumériste), parce qu’à l’époque les classes dangereuses habitaient encore l’intra-muros. Or depuis 1871, le programme de la Commune (qui aspirait notamment à l’abolition de la peine de mort, la séparation des églises et de l’état) est depuis devenu une réalité. Mais avec un effet pervers cependant : la création d’une nouvelle forme de féodalité qui appelle à une nouvelle lutte des classes. Car il faut bien le constater la Révolution bourgeoise de 1789 est arrivée à son terme : l’exécution du Roi s’est peu à peu répercutée sous la forme d’une remise en cause de l’autorité paternelle qui se manifeste aujourd’hui par une dévirilisation de la société au moment où elle en a le plus besoin ; le rêve du progrès et de l’égalité qui a été le carburant idéologique de la gauche est devenu une substance verbeuse, creuse et à son tour génératrice d’inégalités.

Les démolâtres sont devenus des démophobes : Paris et les grandes villes se sont vidés de leurs « classes dangereuses », se sont boboïsés tout en devenant des métropoles mondialisées et multiculturelles. Les travailleurs immigrés de la capitale sont les larbins de cette généreuse aristocratie qui tout en proclamant la mixité sociale détournent la carte scolaire pour éviter que leurs progénitures partagent les mêmes bancs que des « étrangers » et sont bien contents de trouver « leur épicier » arabe ouvert tard la nuit…. (une situation néo-coloniale qui ne dit pas son nom). Cette situation sévèrement dénoncée et analysée par le géographe Christophe Guilly est niée par des « élites » prisonnières de leurs propres préjugés, qui outre la défense de leurs intérêts propres, sont devenus les meilleurs garants d’un monde ultracapitaliste, unipolaire et désacralisé.

Avec « la financiarisation et la globalisation de l’économie, conservatisme et libéralisme apparaissent désormais dans une opposition radicale, écrit Patrick Buisson : celle du sacré et du marché, de l’enracinement et du nomadisme, du localisme et du cosmopolitisme, des communautés naturelles et des sociétés contractuelles, des limites et du principe d’illimitation véritable moteur psychologique incorporé à la logique libérale » (p. 13).

La cause d’un peuple qui ne veut pas mourir

Chaque pays à une source d’énergie particulière, des racines et une sève singulières. La France est un pays de culture gréco-romaine et chrétienne, c’est le rôle de l’historien de le rappeler. Mais il a aussi une autre mission tout aussi importante : la défense de l’identité et des mythes fondateurs de la nation. Si l’historien recoupe les sources, les analyse et tente de rétablir la réalité des faits, il doit également assurer la transmission d’un héritage et d’une énergie qui cimente tout un peuple. Si bon nombre de détails de la vie de Jeanne d’Arc ont été romancés, il ne fait aucun doute qu’il s’agissait bien d’une jeune femme sincère, qui s’est montrée courageuse au cœur de l’action armée, a résisté à des interrogatoires de l’inquisition avant de mourir sur un bûcher. Charles Péguy, ce mystique de la nation, qui vivait la France est mort d’une balle en plein front pour la défense d’un pays foulé par les bottes ennemies.

Bruno Bettelheim rappelait l’importance des contes dans la psychologie de l’enfant (La psychologie des contes de fées, 1976), leur rôle essentiel et structurateur d’une personnalité forte et équilibrée. Dans ces contes, le héros franchit maints écueils mais sort toujours victorieux d’ épreuves à dimension initiatique. Ce sont les mêmes enjeux pour un peuple et nous révèle l’importance et la portée de la décisive bataille du roman national (à laquelle contribue activement sans être le seul Éric Zemmour). Les petits français ont plus que jamais besoin de ces héros du passé (quitte à se replonger plus tard dans des manuels d’histoire académique) pour saisir la singularité et la puissance de notre nation et de notre peuple.

Le livre de Patrick Buisson est indubitablement un texte refondateur, le bréviaire d’un peuple qui ne veut pas mourir.

Patrick Buisson, La cause du peuple, éditions Perrin, collection Tempus, réédition augmentée 2018.

Répondre