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Electricité : 15 pays moins chers qu’en France ? De quoi parle-t-on ?

Electricite Cout

Electricité : 15 pays moins chers qu’en France ? De quoi parle-t-on ?

Michel Gay ♦

Selon BFM TV qui se réfère à une publication d’Eurostat du 07 août 2018, l’électricité serait moins chère dans 15 pays européens qu’en France, alors que notre pays s’enorgueillit d’avoir un prix de l’électricité parmi les moins élevés d’Europe.

Dans le même temps, l’Observatoire de l’électricité indique dans sa note de conjoncture du mois de juin 2018 que « l’électricité française fait partie des moins chères d’Europe. Les ménages français ont en moyenne une facture inférieure de 20% à celle de leurs voisins européens ».

De quoi parle-t-on et qu’en est-il vraiment ?

Coût et prix n’ont pas la même signification. Le coût de production et le prix de vente se différencient par l’ajout des taxes et du coût du transport « à la prise électrique » du consommateur.
Ainsi, si le prix de vente aux particuliers est de 17 c€/kWh en France selon Eurostat, le coût moyen de production était de 3,5 c€/kWh en 2017 grâce aux 77% de production nucléaire.
Or, certains confondent les deux (volontairement ou non…).

Les taxes en France représentent plus du tiers du prix payé par le consommateur. Elles constituent aujourd‘hui l’essentiel du prix final payé par les Français après avoir augmenté de… 40% ( !) entre 2012 et 2016, alors que le COÛT de production n’augmentait que de 2%.

Bien que ce point soit mentionné dans l’article et dans la vidéo (à la fin), l’un et l’autre sont “naturellement” orientés antinucléaires pour un lecteur ou un auditeur moyen peu averti… en liant implicitement ce prix de vente « élevé » aux centrales nucléaires qui ne permettraient pas d’avoir un « prix » bas.
« L’imposant parc nucléaire de la France, qui lui fournit 77% de son courant, lui a longtemps valu la réputation de fournir l’électricité la moins chère d’Europe : est-ce toujours vrai ? Pas vraiment si l’on fie aux chiffres des tarifs 2017 compilés par Eurostat » écrit BFM TV.

Mais ce média ne différencie pas suffisamment le coût de production (faible en France) et le prix (incluant les taxes élevées de l’Etat), dont la Contribution au service public de l’électricité (CSPE) imposées par le gouvernement pour payer principalement… les subventions aux énergies renouvelables. Cette CSPE a augmenté de… 650% ( !) depuis sa création en février 2000. Elle représente 15% de la facture des particuliers, 38% des diverses taxes, et elle coûtera aux Français environ 7 milliards d’euros par an dans l’avenir (un réacteur EPR de série par an). Depuis janvier 2016, elle a été intégrée… à une autre taxe (Taxe Intérieure sur la Consommation Finale d’Electricité TICFE) ! Cette dernière s’applique à toutes les consommations d’énergies fossiles, et non plus seulement à l’électricité.

Accessoirement, le commentateur de BFM TV commet une erreur en disant que les Hollandais n’ont pas de centrales nucléaires mais des centrales thermiques. Une centrale nucléaire est une centrale thermique qui fait bouillir de l’eau comme les autres. Il aurait dû dire des centrales consommant des énergies fossiles (charbon et gaz), ou centrales thermiques « à flamme ».

Grâce au nucléaire…

Les coûts de production sont particulièrement bas en France grâce essentiellement au nucléaire. Cette production abondante et bon marché explique l’exportation de 10% de notre électricité vers nos voisins dans un marché concurrentiel !

De plus, les coûts de production les plus bas en Europe, hors de France, (et non le prix payé par le consommateur) sont ceux de pays produisant essentiellement l’électricité avec du charbon (bon marché et seul concurrent mondial du nucléaire au niveau du coût de production), ou ayant beaucoup d’hydraulique (100% de la consommation en Norvège).

Et tout cela est passé sous silence dans le reportage de BFM TV !

  1. Philippe Vesseron
    Philippe Vesseron17 août 2018

    Les mécanismes autorisés dans l’UE mais dont l’application est nationale donnent effectivement un panorama permettant beaucoup de biais de lecture, avec des erreurs volontaires ou involontaires…. Le “prix de revient” se détermine à peu près partout en appliquant les mêmes normes comptables même s’il y a des sujets de débat comme les règles sur les amortissements, les provisions, etc… Et bien entendu le prix de revient de la production d’un équipement existant qui fonctionne depuis des années , barrage, centrale au charbon ou réacteur nucléaire, est en général inférieur à celui d’une installation future. Les énergies renouvelables électriques font l’objet de débats liés à la prise en charge ou non des implications pour le raccordement aux réseaux existants, la compensation de l’intermittence,…On dit que le prix de revient des renouvelables électriques baisse et continuera de baisser : certes, mais il faut dire qu’il restera longtemps supérieur au prix de revient actuel de la production de l’électricité dans beaucoup de pays européens (attention au cas des iles et régions isolées).
    Autre paire de manches avec le “prix de marché”, qui peut reflète l’équilibre entre l’offre et la demande : si la consommation stagne alors que la politique est l’ajout de productions supplémentaires (chères mais subventionnées), le prix de marché s’effondre, et devient même temporairement négatif. Que se passe-t-il quand le prix de marché devient inférieur au prix de revient? La vente à perte est rarement une solution durable et mène classiquement à des dépôts de bilan avec des fermetures ou mises sous cocon plus ou moins bien indemnisées (cf. certaines unités au lignite en Allemagne ou débat en Suisse sur certains barrages). On n’échappe pas non plus à des remises à plat des hypothèses et des politiques , sans oublier la réévaluation impacts sur le climat, l’électricité étant un vecteur énergétique bien adapté à la digitalisation de nos sociétés, au développement du ferroviaire, des trams, des voitures et cycles à faible émission,… Sans oublier non plus la nécessité de repenser la sécurité, les stratégies d’interconnexion… Sans oublier la réévaluation des conséquences budgétaires !
    Dernière remarque : BORSSELE est une centrale nucléaire aux Pays-Bas…

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