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L’heure du nationalisme européen

Europe Fédérale

L’heure du nationalisme européen

Gérard Dussouy ♦
Professeur émérite à l’Université de Bordeaux,
Essayiste.

Emmanuel Macron a raison ; l’heure n’est pas aux nationalismes en Europe. Ils ne feraient que précipiter sa ruine. Elle est au nationalisme européen.

Et c’est tout différent ; pour lui et pour la plupart des populistes qu’il entend combattre. L’heure est au nationalisme européen pour les bonnes raisons géopolitiques et économiques que le président français met en avant, a contrario de ses aprioris universalistes avec lesquels elles ne font pas bon ménage. Et, elle l’est, même s’ils ne l’ont pas encore saisi (bien qu’ils en soient réduits à envisager « une internationale des souverainismes »), pour les populistes qui s’opposent dans toute l’Union européenne, avec le soutien grandissant des autochtones et de leurs électorats, à l’immigration massive extra-européenne.

D’un côté, il va de soi que dans la nouvelle configuration mondiale dominée par le face à face américano-chinois, et pleine de risques, la sauvegarde politique des Européens réside dans la construction de l’État européen, parce que lui seul peut leur permettre de renouer avec la puissance et donc avec la souveraineté. Or cela commence, comme le défend le président français, par la mise en cohérence de la zone euro (ce qui est un vaste chantier économique et social, compte tenu des disparités) et par la réflexion, enfin loyale, sérieuse, déterminée sur la défense européenne.

De l’autre côté, les populistes prennent conscience qu’ils ne peuvent pas agir de façon isolée, et se contenter de chercher à passer aux autres le fardeau des immigrés. Par exemple, sur ce point précis, la divergence entre l’Italie et la Hongrie (la seconde refusant l’accueil de tout immigré, même débarqué sur le sol de la première), toutes deux dirigées par des populistes, montre qu’il n’y a pas d’autre solution qu’européenne, laquelle est une solution de fermeture.

Ces deux axes de controverses, de la souveraineté (de la souveraineté réelle, et non pas sa fiction juridique) et de la politique migratoire, dominent, désormais, le débat européen. Et cela pour longtemps, car ils sont imposés par la structure du système mondial. Alors, ne pourraient-ils pas donner lieu à des convergences, au lieu de générer des oppositions quasi systématiques, tellement, face à lui, les Européens  ont des intérêts communs ? S’il n’y avait les préjugés idéologiques des uns et des autres, il ne serait pas difficile de tomber d’accord pour concilier la défense monétaire et militaire de l’Europe avec l’arrêt de l’immigration et la préservation des identités et des valeurs européennes. Et par conséquent, de mobiliser une large majorité d’Européens attachés à ces enjeux. Mais, dans l’immédiat, ce qui reste encore de l’utopie universaliste occidentale, chez les uns, et de l’illusion souverainiste, chez les autres, malgré tous les démentis que leur inflige à tous le monde réel, rend cette rencontre peu probable.

Cependant, ce que les personnalités politiques d’aujourd’hui ne sont pas mentalement aptes à faire, comme on peut le craindre, et les prochaines élections européennes le confirmeront sans aucun doute, faute de savoir changer leurs visions respectives du monde, d’autres le feront plus tard. Et dans un avenir qui n’est peut-être pas très lointain. Elles le feront par nécessité, comme presque toujours dans l’Histoire, car les contraintes du système mondial (démographiques, écologiques, économiques et stratégiques) ne vont pas cesser de se durcir (elles vont se manifester par des crises que l’on n’ose pas imaginer).

Or, ces contraintes légitiment, d’ores et déjà, l’heure du nationalisme européen, qu’ensemble, les deux axes d’action politique, ici même soulignés, fondent.

Lire aussi :
L’Italie populiste et l’avenir de l’Europe
Pour un État Européen, Interview de Gérard Dussouy
L’européisme (l’idée européenne) comme volonté de puissance

Gérard Dussouy est l’auteur de :  Contre l’Europe de Bruxelles, fonder un État européen” aux éditions Tatamis. Une édition italienne est sortie aux éditions Controcorrente.

  1. Antiquus
    Antiquus3 septembre 2018

    Cher Monsieur, vous nous répétez sans cesse la même chose: qu’il faut se dépouiller de nos nationalismes, afin de permettre l’émergence d’une nation européenne. Malheureusement, votre schéma est faux car il ne respecte pas les règles historiques de développement de la puissance. Que vous le vouliez ou non, les réflexes collectifs de survie ne passent pas par l’Europe. Ils passent par les nations issues de l’histoire. Cela dit vous avez raison de penser et de dire qu’il est indispensable de raisonner en termes continentaux si nous ne voulons pas être éliminés par cette histoire même. Simplement votre méthode est défectueuse. Il faut effectivement :
    – relier inlassablement l’identité de chaque nation européenne à un schéma originel mythique européen.
    – chaque fois qu’une nation d’Europe arrache une parcelle de pouvoir, il faut proposer une solution collective européenne
    – lorsque cela se présentera, mettre en avant une souveraineté impériale
    D’ici là, les institutions européennes existantes sont radicalement empoisonnées et doivent être détruites sans retour.
    Pardonnez-moi de vous le dire respectueusement, vous êtes un incorrigible carbonaro.

  2. GUILLARD
    GUILLARD7 septembre 2018

    L’heure n’est pas au nationalisme européen pour une raison évidente : il n’y a toujours ni civilisation européenne, ni culture européenne, ni nation européenne, ni peuple européen, ni même la moindre prémisse d’affect national européen. La formation d’une nation prend énormément de temps et comme on a pu le constater, soixante années de propagande européiste n’ont pas suffi à susciter la formation de la moindre ébauche d’un sentiment national européen, très loin s’en faut ! Machiavel (et d’autres avant lui) plaidait déjà vers 1510 en faveur de la création d’un Etat italien et il a fallu attendre 350 ans pour que son rêve se concrétise ! A l’échelle de l’Europe, la difficulté sera beaucoup plus grande encore, parce que ceux qui devinrent Italiens étaient culturellement beaucoup plus proches que ne le sont les peuples européens de l’est et de l’ouest ou ceux du nord et du sud du continent. La renaissance européenne passera par celle des nations (qui est en cours) lesquelles sont les seuls points d’ancrage des Européens dans l’état actuel des choses, comme nous pouvons le constater partout en Europe. Le rêve néo-droitiste d’une nation paneuropéenne qui se substituerait aux nations historiques est, comme il y a cinquante ans, le rêve d’une infime minorité dont l’influence est très faible.
    Ceci dit, nous sommes confrontés à des défis communs (concurrence économique chinoise, immigration, volonté de domination étatsunienne…..) et nous n’avons pas 350 ans devant nous; il va falloir que nous fassions face ensemble en tenant compte de la situation telle qu’elle est.
    Il est évident que les nations européennes ne doivent en aucun cas entrer en conflit les unes contre les autres et qu’elles doivent, de plus, créer un système de sécurité commun indépendant des Etats-Unis et mettre en oeuvre, ensemble, des projets industriels et de recherche/développement, tout en améliorant l’actuel marché commun qui est bancal (ouverture totale; hétérogénéité salariale et sociale) et en supprimant la monnaie unique (transformation en monnaie commune ?) qui est une catastrophe pour la presque totalité des peuples européens et pour la zone euro dans son ensemble comme vient de le confirmer Patrick Artus après Joseph Stiglitz.

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