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Indochine et Corée, les Tahitiens y étaient aussi

Tahiti Shigetomi

Indochine et Corée, les Tahitiens y étaient aussi

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

Notre ami polynésien, Jean-Christophe Teva Shigetomi signe un nouvel ouvrage : Les Tahitiens dans les guerres d’Indochine et de Corée. Il paraîtra d’ici à la fin de l’année aux éditions Api Tahiti. Cet ouvrage clôturera une trilogie sur les Tahitiens dans les conflits internationaux.

«Après deux premiers volumes consacrés à l’engagement des Tahitiens au cours des conflits mondiaux qu’a connus le XXe siècle, Jean-Christophe Shigetomi rend ici hommage aux Tamari’i qui se sont illustrés au sein du corps expéditionnaire français d’Extrême-Orient entre 1945 et 1954 et à ceux, moins nombreux, qui ont servi au sein du Bataillon français de l’ONU en Corée de 1950 à 1953», écrit le commandant Yvan Cadeau, rédacteur en chef adjoint de la Revue historique des Armées, service historique de la Défense, département histoire et symbolique, chef du bureau coordination de la Division recherche, études et enseignement.

Yvan Cadeau poursuit : «avec rigueur et clarté, mêlant les ouvrages de référence aux archives de l’époque et enrichissant son texte de témoignages de vétérans, Jean-Christophe Shigetomi raconte le combat singulier de cette centaine d’hommes issus de ce que l’on nommait autrefois les Établissements français de l’Océanie».

Il faut savoir qu’un tiers du Bataillon du Pacifique s’est engagé en Indochine, 150 Tahitiens y sont allés. Yvan Cadeau ajoute : «Les motivations de ces volontaires sont diverses : attrait pour l’aventure, attachement à la France, mais également goût du métier des armes et de la camaraderie militaire que certains ont découvert au cours de la Seconde Guerre mondiale.“»Au fil des pages (au total le livre compte 15 chapitres, répartis sur 384 pages), le lecteur découvre le parcours personnel de ces enfants de Tahiti, ces aïto de l’ère moderne qu’ils soient parachutistes, fantassins, ou encore marins affectés aux unités fluviales qui patrouillent sur les fleuves et canaux du Vietnam.

Les Tahitiens dans les guerres d’Indochine et de Corée, c’est également l’occasion d’aborder certains aspects méconnus de ces conflits. Ainsi, à travers l’histoire de quelques fortes têtes, Jean-Christophe Shigetomi lève le voile en particulier sur les Sections spéciales, ces formations disciplinaires qui œuvrent dans la partie sud du Vietnam – l’ancienne Cochinchine – à partir de 1947 et qui n’ont jusque-là jamais été réellement développées du point de vue historique. Les Sections spéciales sont “même à l’échelle nationale très peu connues”, assure l’auteur. “C’était le bagne militaire pour les hommes qui avaient désobéit au feu, déserté, volé, violenté un officier.” Enfin, le livre consacrera également des pages à Pouvanaa a Oopa qui s’est levé contre le conflit car il ne voulait pas que l’on se batte contre « des frères » au point qu’on l’avait surnommé le Viet ou même Pouvanaam. Pouvanaa a Oopa rejoignait ici la grande trahison patriotique des communistes français au nom de la défense d’un internationalisme suspect et totalitaire. D’après ses recherches, l’auteur indique “je peux dire à qui appartenaient les armes qui ont été retrouvées et utilisées comme pièces à conviction lors de la perquisition qui a précédé l’arrestation de Pouvanaa. Il y avait notamment une carabine américaine, une USM1 qui portait les initiales ET, Etienne Tumahai”. La demande de réhabilitation du procès gaulliste truqué contre Pouvanaa a Oopa est en cours. On notera enfin que Jacques Navarro prépare un documentaire sur la base du livre. “Il va raconter les conflits à travers une histoire d’amour entre un Polynésien et une vahiné d’Indochine”, annonce Jean-Christophe Teva Shigetomi.

Enfin, on l’ignorait jusqu’alors mais le premier tué de la guerre d’Indochine fut un Tahitien. En opération à Rach Goi en Cochinchine, l’aspirant tahitien Jules Helme du 6e régiment d’infanterie coloniale est le premier tué, mortellement blessé le 8 janvier 1946 de la Guerre d’Indochine, l’Indo de Pierre Schoendoerffer. Ainsi, on voit qu’une fois de plus, la contribution de l’Empire ne fut pas négligeable dans les guerres nationales. De la reconquête à la bataille de Dien Bien Phu, ce sont plus de cent vingt mille tirailleurs algériens, marocains et tunisiens ainsi que soixante mille Africains ou Malgaches qui combattirent en terre indochinoise. Quatre mille cinq cent Nord- Africains et Africains ainsi qu’une vingtaine de Tahitiens sur la centaine engagée en Indochine le payèrent de leur vie.

Une souscription est lancée pour la publication de l’ouvrage. Pour plus de renseignements https://i96060.wixsite.com/shigetomi
Jean-Christophe Teva Shigetomi, Les Tahitiens dans les guerres d’Indochine et de Corée, éditions Api Tahiti.

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