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Pour terminer les Chorégies 2018 : enchantement final pour petits et grands

Fantasia Danse Des Heures..et Des Autruches

Pour terminer les Chorégies 2018 : enchantement final pour petits et grands

Hervé Casini ♦

C’est avec une soirée intitulée Fantasia-Disney que se sont clôturées en feu d’artifice les Chorégies d’Orange 2018.

Quelle judicieuse idée, en effet, que ce ciné-concert axé autour d’extraits des deux célèbres films d’animation des studios Disney, sortis en 1940 et 2000, pour achever une programmation qui aura voulu jeter des passerelles entre les arts (2018 ayant vu, en effet, le retour du ballet devant le mur d’Auguste) et s’ouvrir à de nouveaux publics sans que ne soit pour autant sacrifiée une indispensable exigence culturelle !

Au moment de la sortie du film, à la veille de la seconde guerre mondiale, on sait que le créateur de Mickey s’était mis en tête de réaliser un ambitieux projet : mêler musique classique et animation. Comme toujours dans l’immense majorité de leurs productions, les équipes techniques des studios mettent les petits plats dans les grands et confient la bande-son à l’une des institutions musicales majeures du territoire nord-américain , l’orchestre de Philadelphie et à son chef attitré, Leopold Stokowski. Ainsi naît l’aventure de Fantasia, film qui allait faire le tour du monde avec son ballet d’hippopotames, d’autruches et de crocodiles rivalisant de grâces et de virtuosité sur la musique de La Danse des Heures et, bien évidemment, avec son adaptation de L’Apprenti Sorcier où Mickey doit se battre contre des balais qu’il a lui-même ensorcelés pour qu’ils portent des seaux d’eau à sa place.

A partir de la même idée initiale, consistant à donner une vision très positive d’une culture dite « classique » se voulant populaire et élitiste à la fois, Jean-Louis Grinda a conçu ce concert (déjà donné dans le cadre des saisons de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo) en mêlant des extraits des deux films, projetés pour la première fois sur des pierres datant du premier siècle avant notre ère et accompagnés sur le vif par l’orchestre national de Lyon placé sous la direction d’un grand professionnel des concerts « grand public » à Orange (Musiques en fête…) : Didier Benetti.

S’ouvrant sur un dessin animé abstrait, avec le 1er mouvement de la Cinquième Symphonie de Beethoven, le concert nous entraîne ensuite, sur fond de Symphonie Pastorale, tout naturellement dans un tel décor naturel, parmi faunes, satyres, centaures et dieux antiques de l’Olympe. La thématique bucolique et « écologique » est, on le sait, très prégnante dans Fantasia : les extraits des danses de Casse-Noisette entrainent ainsi les auditeurs-spectateurs dans des sous-bois où la rosée printanière réveille les fleurs et la nature toute entière pour laisser ensuite libre cours à des chorégraphies de poissons rouges, chardons, orchidées se clôturant par une valse des fleurs aux allures de fées-libellules dansant parmi le givre et les flocons de neige.

La dimension cosmique n’est, de même, pas absente du projet cinématographique d’origine et c’est avec grand bonheur que l’on a personnellement découvert l’adaptation du clair de lune extrait de la Suite Bergamasque de Debussy, coupée dans le film original, sur des images montrant eaux, cieux et envols d’oiseaux.

S’il manque certes au concert les scènes « préhistoriques » où les dinosaures s’affrontent sur fond de Sacre du Printemps et le final démoniaque du film mêlant Une Nuit sur le Mont Chauve de Moussorgski et l’Ave Maria de Schubert, les extraits musicaux empruntés à Fantasia 2000 permettent tout particulièrement à l’orchestre national de Lyon de montrer tout son lustre : petits et grands font ainsi un triomphe à ce véritable hymne à la Nature qu’est le final de L’Oiseau de feu, à la vision de l’Arche de Noé avant le Déluge empruntée aux Pomp and Circumstances d’Elgar et aux somptueuses baleines qui, sur les « Pins de la Via Appia » extraits des Pins de Rome, nagent entre les icebergs puis volent au-dessus de l’océan.

Au terme d’1h 30 de musique, interrompue un court instant par la pluie, un public conquis et qui n’en croit pas ses yeux, voit tout à coup apparaître les animaux de Disney qui recréent sur scène, pour un bis improbable, la chorégraphie de la Danse des Heures : un clin d’œil qui termine dans la bonne humeur une soirée parfaite!

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