Vaccin contre les covariables : qui sera prioritaire ?

Pour disposer d’un vaccin efficace contre le CoViD-19, nous devrons attendre plusieurs mois dans le meilleur des cas, mais nous pouvons utiliser le temps qui nous sépare de cette date de manière rentable : par exemple, en élaborant un plan pour assurer une distribution équitable des premières doses disponibles. Mais que signifie « équitable », en termes pratiques ? A qui iront les premières ampoules, convoitées et forcément insuffisantes ? La délicate question est au cœur d’un article qui vient de paraître dans Science.

Deux modèles de problèmes

Deux grandes propositions de distribution ont été formulées jusqu’à présent. Certains experts estiment que le vaccin devrait d’abord être administré aux travailleurs de la santé et à la population la plus exposée aux graves conséquences de la maladie, comme les personnes âgées de plus de 65 ans. L’Organisation mondiale de la santé a plutôt suggéré que chaque pays reçoive des doses de vaccin proportionnelles à sa population. Selon les auteurs de l’étude, coordonnée par la faculté de médecine de l’Université de Pennsylvanie, les deux stratégies présentent des problèmes éthiques importants. « L’idée de distribuer les vaccins en fonction de la population semble être une stratégie équitable – admet Ezekiel J. Emanuel, premier auteur de la recherche – mais en règle générale, nous distribuons les ressources en fonction de la gravité de la souffrance dans un lieu donné. Et dans ce cas, nous pensons que la première mesure de la souffrance devrait être le nombre de décès prématurés qu’un vaccin permettrait d’éviter.

Des tailles identiques pour tous ?

Le plan de l’OMS prévoit que, dans une première phase, 3 % de la population de chaque pays recevra le vaccin, et qu’il se poursuivra avec une distribution proportionnelle des doses jusqu’à ce que chaque pays ait vacciné 20 % de ses citoyens. Selon les auteurs de l’étude, la stratégie a le mérite d’être « politiquement défendable », mais considère que l’équité consiste à traiter de la même manière les zones géographiques touchées par le virus à des degrés différents, plutôt que de réserver à chacune une réponse en fonction de ses besoins. La réalité à laquelle nous avons affaire voit des pays ayant le même nombre d’habitants se débattre avec des situations épidémiologiques très différentes : dans certains, la propagation est incontrôlée, tandis que dans d’autres, elle est limitée.

Riche et privilégié

La stratégie consistant à réserver le premier accès au vaccin aux travailleurs de la santé et aux plus de 65 ans – bien qu’elle semble relever du « bon sens » – est également essentielle. Selon les auteurs, le fait de vacciner en premier lieu les travailleurs de la santé, qui dans les pays riches et industrialisés ont déjà accès à des équipements de protection et à des procédures de prévention des agents infectieux, ne changerait pas de manière substantielle le sort de la pandémie.

Le fait de cibler les premières doses sur les pays où la prévalence est supérieure à 65 ans ne réduirait pas nécessairement la propagation du virus, et signifierait donner l’accès au vaccin principalement aux pays occidentaux riches, où l’âge moyen de la population est plus élevé. Les pays à faibles et moyens revenus – comme l’Inde, qui est aux prises avec plus de 3,6 millions de cas (données au 31/08, pour les mises à jour, voir les données mondiales sur les CDC européens) – comptent moins de personnes âgées et moins de personnel médical par habitant que les pays à hauts revenus, mais ne sont pas nécessairement dans une meilleure situation. « Vous finiriez par donner de nombreuses doses de vaccin aux pays riches, ce qui ne semble pas être le but d’une distribution juste et équitable », précisent les auteurs de l’étude.

Un plan de rechange

L’équipe a élaboré une proposition de distribution – le modèle de priorité équitable – basée sur trois valeurs fondamentales : mettre le bien des personnes au centre tout en limitant les dégâts, donner la priorité aux nécessiteux et réserver la même préoccupation morale à tous les individus. Le plan est conçu pour atténuer trois des principaux problèmes apparus avec la pandémie de CoViD-19 : la mort ou les dommages permanents aux organes, les conséquences indirectes et à long terme sur la santé des personnes et les systèmes de santé, et les effets néfastes du virus sur les activités économiques.

Le besoin le plus urgent, au cœur de la première phase du plan, sera de réduire les décès prématurés dus au SRAS-CoV-2 : pour calculer dans quelle mesure chaque pays est concerné par les décès évitables avec un vaccin, on pourrait utiliser un indicateur standard utilisé dans les études de santé publique, les « Années de vie perdues standard » (SEYLL) : dans une étude réalisée fin avril 2020, cet indicateur a permis d’estimer que les décès dus au covid pourraient avoir vécu en moyenne 10 ans de plus.

Dans la deuxième phase, deux indicateurs spécifiques seraient utilisés pour évaluer l’impact économique de la pandémie sur la population de chaque pays et les efforts nécessaires pour maintenir les gens hors de la pauvreté. Dans le troisième, tout en donnant la priorité à la distribution du vaccin aux pays où le taux de transmission est plus élevé, il garantirait qu’en fin de compte, tous les pays reçoivent des doses suffisantes pour empêcher la transmission : au moins 60 à 70 % de la population devrait être vaccinée.

A ne pas manquer

Quels sont les dangers de la graine de lin sur votre santé ?

Vous le savez peut-être déjà : les oméga-3 sont des acides essentiels à notre corps mais, ne sont pas fabriqués par celui-ci. Pour qu’il...

Articles associés